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Le 16 mai 1923, 33 concurrents s'élancent pour la première fois sur le circuit
sarthois sous un temps vraiment maussade. La Saga des 24 Heures vient de commencer. Fort
d'une production automobile nationale très créative, les Français dominent cette
première épreuve et la marque Chenard & Walker inscrit la première son nom au livre
d'or des 24 heures. Mais les Britanniques leur laissent peu de répit. Dès l'année
suivante, Bentley s'impose. En 1925 et 1926, une écurie française sur "La
Lorraine" remporte le prix. L'année 1927 sonne le retour des Anglais et de Bentley
qui monopolise les victoires (27-28-29-30). La même année apparaît sur le circuit la
première voiture à traction avant, la "Tracta" de J.A. Grégoire. Il faut dire
que Le Mans sera un banc d'essai grandeur nature tout au long de son histoire. En effet,
si une innovation technique résiste aux contraintes d'une épreuve sportive pendant 24
heures, elle a en général un avenir florissant sur les voitures de série. Cette
philosophie s'appliquera à toutes les équipes et en particulier aux italiens, qui
viendront croiser le fer sur le circuit du Mans en 1931. Alfa Roméo prend le relais de
Bentley et amorce une série de 4 victoires. Les 24 Heures du Mans d'avant guerre voient
gagner des voitures mythiques comme les Delahaye 135 (en 1935), Bugatti 57 (en 1937 et
1939) ou Lagonda (en 1936).
L'après-guerre voit l'émergence d'une écurie qui deviendra mythique pour tous les
amoureux de la course automobile. 1949 marque l'apparition au Mans de la première
Ferrari, une "petite" 166 MM, pilotée par une figure de la course automobile en
Sarthe, Luigi Chinetti. Déjà vainqueur en 1932 sur une Alfa Roméo, il remporte la
première course de l'après-guerre. Amoureux du Mans, ce pilote italo-américain, qui
deviendra importateur Ferrari aux Etats-Unis, sera longtemps présent sur la course avec
des Ferrari qu'il engagera sous ses couleurs. En 1950, Louis Rosnier, alors âgé de 45
ans, signe seul un exploit. N'abandonnant le volant de sa Talbot-Lago que pendant deux
tours à son fils Jean-Louis, il conduit pendant 23 heures et 10 minutes et remporte la
victoire avec deux tours d'avance. Avec Mercedes en 1952 et Aston Martin en 59, ces trois
victoires seront les seules à venir troubler le duel sans précédent auquel vont se
livrer Ferrari et Jaguar entre 1949 et 1965. Avec respectivement neuf et cinq victoires,
les deux marques entrent définitivement dans la légende du sport automobile.
Pourtant c'est dans cette période que Le Mans connaîtra l'événement le plus
dramatique de sa longue histoire. Il faut dire que les voitures tournent de plus en plus
vite. Plus de 173 km/h de moyenne pour la Jaguar de Hawthorn et Bueb qui remportera
l'épreuve. En 1955, cette année là, Hawthorn, au volant de la Jaguar, double Macklin
(Austin Healey). Malcolm gêné, freine et se déporte. La Mercedes de Levegh l'accroche,
s'envole et se retourne sur le talus. L'avant-train explose et la voiture prend feu. Le
pilote est tué ainsi que 82 spectateurs. On dénombre des centaines de blessés. Pour
éviter toute panique dans le public, la course continue, mais les Mercedes se retirent en
signe de deuil au bout de la 9ème heure. Ce sera là un choc énorme qui fera prendre
conscience à tous, écuries, pilotes et organisateurs, des efforts importants à
effectuer au niveau de la sécurité sur les circuits.
Il faudra toute la puissance financière et technologique d'un constructeur américain
pour venir barrer la route aux Ferrari et aux Jaguar. Après deux année de rodage en 1964
et 1965, Ford se présente au départ des 24 Heures avec des "Mark II"
parfaitement préparés. Ferrari lui oppose sa 330 P3, avec un nouveau châssis tubulaire
semi-monocoque et un moteur à injection qui développe 420 chevaux. Pour les deux
marques, cette course constitue l'essentiel de la saison puisque les deux marques sont à
égalité. Ford a gagné à Daytona et à Sebring, Ferrari à Spa et Monza. Les trois
Ferrari s'inclinent devant un trio de Ford Mark II qui passent triomphantes la ligne
d'arrivée en cette année 1966. 1967,68 et 69 marqueront trois autres triomphes pour la
marque américaine. Mais dès 1969, Jacky Ickx sur Ford l'emporte seulement d'un souffle
(120 mètres d'avance), après 3 heures de lutte, sur la Porsche de Hans Hermann.
1970 marque le début des années Porsche. Hans Hermann ouvre la voie et se venge de sa
deuxième place de 1969. Alignant les victoires, 12 au total jusqu'en 1987, Porsche
inaugure un nouveau type de départ sur le circuit. Au traditionnel départ en épis (type
"Le Mans") qui permettait aux coureurs à pied les plus rapides de grignoter
quelques précieuses secondes et de s'assurer au moins une bonne position dans les
premiers tours, avait succédé un nouveau type de départ : pilotes à bord des
véhicules, moteurs arrêtés. Presque tout le parcours est fermé par des glissières de
sécurité. Les Français Matra, avec une belle série en 72-73-74, Renault en 1978 et
Rondeau en 1980, seront les seuls à venir détrôner Porsche sur le circuit de la Sarthe,
qui finalement était un peu devenu le sien.
Les Anglais, qui ont écrit quelques unes des plus belles pages de l'histoire du Mans,
retrouvent le chemin du podium en 1988. La Jaguar XJR 9 LM de Lammers Wallace et Dumfries
dompte les Porsche 962 C. L'année suivante Sauber-Mercedes s'impose mais en 1990, Jaguar
est à nouveau vainqueur. Signe des temps, de "nouveaux" constructeurs font
parler d'eux au Mans. Mazda est le premier constructeur japonais à s'imposer au Mans avec
ses voitures à moteurs rotatifs en 1991. L'année suivante Peugeot avec la 905, dont la
coque en fibre de carbone a été spécialement étudiée par Dassault Aéronautique,
signe une victoire qui fera date. L'année suivante, l'écurie emmenée par Jean Todt
s'impose à nouveau mais annonce son retrait des circuits d'endurance. En 1994, Toyota
frôle l'exploit mais sur un incident mécanique ne parvient qu'a prendre la deuxième
place. C'est l'écurie Dauer-Porsche qui empoche la victoire et manque de peu le doublé.
En 1995, Mc Laren, la très célèbre écurie de Formule 1, inscrit pour la première fois
son nom au palmarès du Mans. En 1996, l'épreuve est remportée par Reuter, Jones et Wurz
de l'écurie allemande TWR WSC sur un prototype Porsche à une moyenne de plus de 200
km/h, couvrant 354 tours du circuit sarthois long de 13,6 km. |