l'instar du Second Empire, le chanvre sarthois n'a jamais paru aussi puissant, en ces années 1860. Pourtant, lui aussi approche du déclenchement de son déclin. Des dangers le guettent. Avec le recul de la marine à voiles, s'efface un débouché important. Mais surtout, autorisée par les traités de libre - échange, la concurrence étrangère s'engouffre sur le marché français et menace les produits locaux. Ceux- ci n'offrent qu'une qu'une molle résistance, malgré les mises en garde de la Société d'Agriculture. C'est que les agriculteurs, bercés par un siècle de prospérité qu'ils imaginent impérissable, cultivent du chanvre grossier, dur, cassant et impropre à la filature afin d'en tirer les meilleurs rendements possibles. Plus chers que les Russes, beaucoup moins souples et fins que les Italiens, les chanvres sarthois croulent bientôt sous les assauts des produits exotiques, "le jute des Indes , le sisal de l'est Africain, le maguey originaire du Mexique". Commence donc, dès les années 1870, un déclin qui paraît inéluctable :
en 1875, 9 000 tonnes de chanvre sont produites sur une superficie de 10 000 hectares,
en 1919, 3 600 tonnes sur 3 640 ha.,
en 1930, 2 700 tonnes sur 2 500 ha.

ependant, malgré son recul sensible, notre département fait encore figure de privilégié ! Partout ailleurs ou presque en France, la chanvre disparaît. En 1914, par exemple, la Sarthe fournit plus du tiers de la production nationale, ce qui lui vaut d'occuper la tête des départements chanvriers . Dans ce contexte de repli général, les sols médiocres sont abandonnés et seules sont conservées les bonnes terres à chanvre. Entre les deux guerres, ces fiefs traditionnels peuvent être regroupés en trois grands ensembles qui sont le Belinois, la campagne du nord du Mans et le Saosnois. C'est à peu près la localisation que l'on pouvait observer dès le XVIIIème siècle. On le voit, le chanvre, moribond, vient se réfugier dans son berceau.

es containtes dépendant de stratégies économico-commerciales ont subordonné sa tentative de reconversion : la création, en 1954, à Vivoin - Beaumont, d'une unité de production de pâte à papier utilisant le chanvre pour en faire des papiers de banque, sera mis en échec.

n 1959, la Sarthe produisait encore 1 600 tonnes sur 1 300 herctares... 644 hectares en 1986. Pourtant, le chanvre ne veut pas mourir.