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Des pelouses aux
landes sèches
La stabilisation
du substrat conduit certaines de ces pelouses à évoluer en landes sèches
acidiphiles. On entend par "lande" une formation végétale dominée
par certaines espèces ligneuses basses (chaméphytes et nanophanérophytes),
souvent sempervirentes, telles que les bruyères, les ajoncs et les genêts).
Sur des sols secs, la lande est caractérisée dans notre département par la
Bruyère cendrée (Erica cinerea). On
y rencontre souvent deux autres Ericacées présentant une amplitude beaucoup
plus large vis-à-vis du gradient hydrique, à savoir la Callune vulgaire (Calluna vulgaris) et la Bruyère à balais ou Brande (Erica
scoparia). Annonçant souvent un stade préforestier, il n’est pas rare
d’y observer le Genêt à balais (Cytisus
scoparius) et l’Ajonc d’Europe (Ulex
europaeus). Lorsque la dynamique végétale n’est pas stoppée,
apparaissent alors des phanérophytes pionniers tels que le Chêne pédonculé (Quercus
robur), le Pin sylvestre (Pinus sylvestris), le Bouleau verruqueux (Betula
pendula) et le Chêne tauzin (Quercus
pyrenaica), espèce ibéro-atlantique proche chez nous des limites de son
aire de répartition.
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Ces milieux
possèdent une strate herbacée très pauvre ; on y signalera cependant
la Sabline des montagnes (Arenaria
montana), espèce également ibéro-atlantique à répartition analogue à
celle du Chêne tauzin. Les landes sèches les plus xérothermophiles
(le sol est sec toute l'année et chaud en été), établies sur des
formations alluvionnaires et des sables cénomaniens, se distinguent par
la présence des Cistacées avec deux espèces en limite de leur aire de
répartition en Sarthe : l’Hélianthème en ombelle (Halimium
umbellatum), assez commun dans notre département, donnant à la lande un
aspect magnifique lors de sa floraison, et l’Hélianthème
faux-alysson (Halimium lasianthum subsp. alyssoides).
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Un
petit peu d'histoire…
Hormis quelques
rares endroits où elles apparaissent naturellement, en relation avec des sols
très défavorisés, comme sur quelques minces affleurements rocheux des Alpes
Mancelles, les landes de notre département (comme la plupart d'ailleurs) ont un
déterminisme anthropogène. Elles peuvent être qualifiées d'allogéniques et
de secondaires, c'est-à-dire qu'elles proviennent pour la plupart de déforestation
et de pratiques agropastorales tombées en désuétude (facteurs perturbateurs
d'origine extérieure à l'écosystème) et qu'elles caractérisent un stade de
reconstitution de la forêt climacique qui n'aurait pas existé sans cette
perturbation.
Les landes ne
sont probablement apparues en Sarthe qu'avec les premiers défrichements médiévaux
(peut-être même bien avant), phénomène de grande ampleur si l'on se réfère
aux données historiques : de l'an mil à 1330, plus de 400 paroisses furent par
exemple crées dans le diocèse du Mans. Ces nouveaux espaces furent gagnés sur
l'ensemble de la forêt qui occupait jadis la majeure partie du département,
installée essentiellement sur des terrains acides, constitué d'argiles à
silex tertiaires comme en forêt de Bercé, de sables et de grès secondaires crétacés,
ou de grès et de schistes primaires et précambriens comme en forêt de Sillé-le-Guillaume
et de Perseigne. Ces travaux associés aux pratiques agricoles ancestrales
(cultures sur brûlis, soutrage, pâturage) accélérèrent les processus de dégradation
des sols (il s'agit en l'occurrence de podzolisation), qui étaient déjà
pauvres à l'origine, interdisant par la suite, après abandon, toute régénération
rapide du couvert forestier. Cette évolution est alors très lente, ce qui
donne l'impression à l'échelle humaine d'une grande stabilité du milieu.
Des écrits de
1669(1) décrivent notre département comme beaucoup moins boisé
qu'actuellement, tous les terrains du Maine Blanc étant à l'état de landes.
Ne subsistaient plus que quelques grands massifs forestiers. Les tentatives de
reboisement ne sont alors pas aisées ; les archives départementales
mentionnent que des procès-verbaux d'aménagement de Perseigne et Bercé en
1785 sont suivis d'un rapport d'expert de 1743 traitant des causes de l'échec
de plantations de chênes sur des sols pauvres(2). On remarque également
la préoccupation des autorités forestières visant à limiter le contrôle du
défrichement et à reboiser ; l'aménagement de 1843 en forêt de Bercé montre
clairement que les responsables des Eaux et Forêts s'attachèrent à l'époque
"à réensemencer avec persévérance les espaces qui après les coupes se
couvrent rapidement de bruyères et d'ajoncs". L'emploi d'essences résineuses,
espèces frugales accoutumées aux sols acides fortement lessivés et aux
podzols, ne prit son essor qu'au XVIIIème siècle, avec le développement
du Pin maritime (Pinus pinaster) dans
les Landes. Les particuliers seront même incités par le biais d'allégements
fiscaux à faire des semis de résineux sur les landes (exemple de la métairie
des Hunaudières en 1820(3)). Ceci explique pourquoi aujourd'hui le
Pin maritime est la deuxième essence la plus répandue en Sarthe (28%) et que
le premier type de peuplement est représenté par la futaie de pin pur (32%).
Menaces:
-
Evolution naturelle de la végétation vers un stade forestier.
-
Enrésinement, précédé d'un drainage pour les landes les plus humides.
(1)
:
DDAF Sarthe Juin 1985 "la forêt sarthoise"
(2)
Arch.
de la Sarthe, A 17, 30 avril 1743 fol. 18 V°19
Arch.
de la Sarthe, W 3928
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