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Fonctionnement
et activités

Prospections
thématiques et inventaires

Aperçu
des milieux naturels du département

Mise
à jour : 03.2005
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L'appellation
de tourbière désigne communément
l'ensemble des milieux tourbeux. Il s'agit avant tout d'une zone humide dans
laquelle les conditions écologiques ont abouti, après une très lente évolution,
à la formation de tourbe, un matériau issu de la décomposition de la matière
organique morte provenant de l'accumulation des résidus végétaux (mousses,
plantes supérieurs, feuilles, divers branchages…) pendant des milliers d'années
(l'origine des plus vieilles tourbières remonte à la fin du retrait des dernières
glaciations). |
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La tourbe comporte dans tous les cas entre 20 et 30% de matière
organique. Pour empêcher la transformation de cette dernière en éléments minéraux,
le facteur indispensable est l'excès d'eau. La formation de tourbe est donc
conditionnée par la présence d'un bilan hydrique positif ou équilibré,
c'est-à-dire que les apports d'eau (précipitation, ruissellement…) sont supérieurs
ou égaux aux départs (évapotranspiration des végétaux, évaporation…), ce
qui se traduit par une inondation ou un engorgement en eau dépassant six mois
par an, entraînant des conditions de vie sans oxygène (anaérobiose),
responsables d'une dégradation ralentie des végétaux par limitation de
l'activité des micro-organismes (bactéries, champignons) qui les recyclent
activement en conditions normales (aérobiose). |
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Divers
systèmes ont eu pour but la classification des différents types de tourbière.
La plus récente et la plus répandue actuellement est basée sur le mode de genèse
(mode initial d'accumulation de la tourbe selon le fonctionnement hydraulique du
site) et sur le type d'alimentation hydrique. Dans les tourbières ombrogènes,
l'alimentation hydrique provient uniquement des précipitations (pluie, neige),
ce qui nécessite un climat suffisamment humide. Les tourbières limnogènes
prennent naissance à partir d'un plan d'eau en voie d'atterrissement, se
comblant de l'extérieur vers l'intérieur par progression de la végétation
qui forme alors des tremblants ou des radeaux flottants. Les tourbières soligènes
dépendent d'un écoulement permanent (ruissellement ou suintement) sur des
pentes faibles à moyennes. Enfin, les tourbières seront topogènes quand l'eau, issue d'une nappe affleurante ou de
ruissellements, s'accumulera dans une dépression topographique et les tourbières
fluviogènes dépendent de la
fluctuation d'une nappe d'eau alluviale ou sont soumises à inondation. |
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Le
terme ombrotrophe qualifiera les
tourbières alimentées par des eaux météoriques acides et oligotrophes ; le
terme minérotrophe signifie que les
eaux d'alimentation, provenant du sol, et ayant par conséquent, été en
contact le substratum géologique, sont plus ou moins enrichies en éléments
minéraux et de nature variée. La tourbière sera alors acide ou alcaline,
oligotrophe ou eutrophe. Dans bien des cas, la séparation n'est pas simple et
on observe souvent une mixité quant aux conditions de formation : par exemple,
une tourbière peut être qualifiée, à la fois de soligène et de topogène.
De même, les deux modes d'alimentation, minérotrophe et ombrotrophe, sont
courants (tourbière mixte). Hormis les tourbières ombrogènes, obligatoirement
ombrotrophes, toutes les autres débutent par un stade initial minérotrophe et
évoluent vers un stade ombrotrophe au fur et à mesure de l'accumulation de la
tourbe, la végétation finissant par ne plus être en contact avec la nappe
d'eau. Le stade final d'évolution d'une tourbière est corrélé à un assèchement
du milieu : il est dit minéralisé.
Les propriétés physico-chimiques de la tourbe se modifient et la végétation
s'oriente vers un stade préforestier.
Un
autre moyen de classification consiste à considérer l'évolution de la tourbière
dans le temps et l'aspect paysager associé, spécifique à chaque âge. On
distingue ainsi, les tourbières basses ou bas-marais, les tourbières de
transition et les tourbières hautes ou bombées.
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Les
tourbières basses ou bas-marais sont
des zones minérotrophes où la nappe aquifère est affleurante, eutrophe ou
oligotrophe, acide ou basique. La production végétale y est intense (dominance
des espèces herbacées) et une couche de tourbe est annuellement produite :
l'amoncellement ne dépasse pas cependant 1mm par an en moyenne. Ces tourbières
peuvent rester à ce stade ou subir une évolution naturelle si l'apport en eau
n'est pas suffisant. |
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Nous détaillerons
ici les tourbières neutro-alcalines, c'est-à-dire, lorsque le pH de la
zone est supérieur ou égal à 5,5-6 (zone de neutralité pour les végétaux,
différente de la neutralité chimique). Dans nos contrés, ces tourbières
neutro-alcalines, alimentées de manière soligène ou topogène par des eaux
alcalines présentent une végétation principalement composée de Monocotylédones.
C'est parmi un tapis végétal à base de Jonc à feuilles obtuses (Juncus
subnodulosus) et de Cypéracées, dominé et richement pourvu en Choin noirâtre
(Schoenus nigricans), ainsi qu'en
diverses petites laîches comme la Laîche puce (Carex pulicaris) ou la Laîche de Host (Carex hostiana), et parfois en Linaigrette à larges feuilles (Eriophorum
latifolium), que s'établissent les magnifiques populations d'Orchidacées
caractéristiques : l'Epipactis des marais (Epipactis
palustris), de nombreux Dactylorhizes (Dactylorhiza
sp.) et les Gymnadénies à longs éperons et odorantes
(Gymnadenia conopsea, G.
odoratissima) y forment des peuplements très denses. |
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Le Troscart des
marais (Triglochin palustre) complète
quelquefois ce cortège. Parmi les Dicotylédones, on dénombrera régulièrement
la Parnassie des marais (Parnassia
palustris), la Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe) ou la
Pédiculaire des marais (Pedicularis
palustris). çà et là,
des faciès transitoires à Marisque (Cladium
mariscus) sont présents. |
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Dans la Sarthe, les plus belles communautés de ce
type se rencontrent dans l'extrémité sud du département et s'étalent le long
de vallées affluentes à celle du Loir, entre la Flèche et le Lude. Certaines
autres zones plus ponctuelles jalonnent la vallée du Narais, et quelques-unes
ont pu être recensées dans le nord du département (étang de Gué-Chaussée
à Saosnes, zone de l'Osier à Assé-le-Boisne, vallée du Moire à la
Chapelle-des-Bois).
Les
tourbières mixtes ou
marais de transition sont des zones présentant des caractéristiques intermédiaires,
acides ou encore un peu basiques, mésotrophes ou oligotrophes, suite à un mode
d'alimentation hydrique mixte. Qu'il s'agisse de zones de contact ou de phase d'évolution
transitoire, on y observera une végétation intermédiaire, parfois sous forme
de mosaïque. Ces groupements ne sont pas très typiques ni bien individualisés
dans nos contrées. On peut cependant les rencontrer, notamment dans la vallée
du Narais, où par endroits, des émergences d'eaux alcalines sur des sables cénomaniens
acides permettent le développement d'une telle végétation. Les communautés végétales
les plus remarquables appartenant à cette catégorie, absentes de Sarthe, sont
surtout représentées en
montagne par des pelouses tremblantes ou des radeaux formés en
bordure de plans d'eau (tourbière limnogène) avec des Cypéracées comme la Laîche
à fruits velus (Carex lasiocarpa)
et la Linaigrette grêle (Eriophorum gracile). Certaines espèces comme le Comaret (Potentilla
palustris) ou le Trèfle d'eau (Menyanthes
trifoliata) participent activement à la formation de ces ceintures
amphibies. |
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Les
tourbières bombées ou tourbières
hautes regroupent les communautés strictement oligotrophes et acides, ne bénéficiant
d'aucun apport minéral, quel que soit leur origine. L'ombrotrophisation est
parfaite et la végétation ne dépend plus de l'eau qui imbibe le sol. C'est le
résultat d'une croissance en hauteur. L'activité accrue des sphaignes
(bryophytes), espèces phares de ces formations, se traduit par le
"bombement" caractéristique de la tourbière. |
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Leur accumulation forme
des buttes responsables d'une micro-topographie procurant des conditions
d'humidité, d'ensoleillement et d'acidité différentes, où seule une flore très
spécialisée peut se maintenir. Ce stade est en général stable (les ligneux
s'y implantent très difficilement) mais ne peut perdurer indéfiniment. De tels
systèmes de tourbières sont devenus très rares, voire exceptionnels de nos
jours et n'existent pas dans notre département.
Nos communautés locales,
occupant une surface toujours restreinte, s'apparentent plutôt à des lambeaux
de tourbières, inactives depuis longtemps, colonisées par la Molinie bleue et
en voie de fermeture, ou bien à des stades pionniers développés sur substrat
humide, tourbeux ou sablonneux. Si la Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) est l'une des espèces emblématiques des
tourbières acides, n'oublions pas de citer ici la Laîche engainante (Eriophorum
vaginatum) et la Narthécie ossifrage (Narthecium
ossifragum). La plus belle zone de tourbière acide sarthoise se situe
sur la commune de Mulsanne, non loin du circuit automobile des 24H du Mans et de
la ligne droite des Hunaudières. Connue au siècle dernier, puis tombée dans
l'oubli, elle ne fut redécouverte qu'en 1996. Elle résulte probablement du
comblement accéléré et quasiment achevé d'un plan d'eau très ancien. Le
site accueille dix espèces protégées, dont six uniquement pour la tourbière. |
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L’originalité
sarthoise réside peut être en la présence de nombreuses espèces turficoles
pionnières sur milieux ouverts longuement saturés d’eau. Elles auraient pu
figurer dans le chapitre concernant la végétation des milieux ouverts
longuement saturés d’eau , mais la présence d’un substrat tourbeux, même
sous la forme d’une très fine pellicule nous conduit naturellement à les
classer ici. Leur distribution est étroitement corrélée à la présence des
sables cénomaniens comme le montre par exemple la carte de répartition de la
Rossolis intermédiaire (Drosera intermedia). Les multiples
remaniements (voir chapitre végétation des milieux ouverts longuement saturés
d’eau) provoquant chaque année la mise à nu du substrat sur de nombreuses
zones favorables expliquent la bonne santé des populations de la plupart de
ces espèces, alors qu’elles semblent bien menacées dans d’autres contrées.
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1. Marais de Barbe Bleue (Pontvallain)
2. Prairies tourbeuses de la
Gigotière (Savigné-sous-le-Lude)
3. Plaque tourbeuse à
Marisque, près de l'Etang de Gardonnière (Challes et Parigné-l'Evêque)
4. Bas-marais de la
Basse-Goulandière (Parigné-l'Evêque)
5. Lande tourbeuse
en bordure d'étang et tourbière (Mulsanne)
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